Visite des Terres de Rabaska, un patrimoine agricole, naturel et paysager à protéger 

Visite des Terres de Rabaska, un patrimoine agricole, naturel et paysager à protéger 

Le 29 mai dernier, des membres du CA du GIRAM[1] et du comité pivot du Collectif Sauvetage des milieux agricoles et naturels de Lévis[2] ont visité les Terres de Rabaska. Ce vaste territoire à la limite est de Lévis fait désormais partie, depuis l’acquisition de la Société en commandite Rabaska par le gouvernement du Québec en décembre 2024, des terres du domaine de l’État. Évidemment, les organisateurs avaient pris le soin d’obtenir au préalable l’autorisation des locataires de la partie cultivée pour y circuler.

Sur la photo : Pierre Cadorette, Gaston Cadrin, Yolande Lépine, Robert Tessier, Pierre-Paul Sénéchal, Normand Lemyre, Daniel Roberge, Louise Marcoux, Michelle Garneau et Antoine Boivin

C’est Pierre Cadorette, un preu défenseur des Terres de Rabaska et un forestier qui connaît ces terres de fond en comble qui a dirigé la visite.  

Les Terres de Rabaska, ce sont 272 hectares de terres agricoles, milieux naturels et zone riveraine. Elles constituent le dernier rempart de nature dans le secteur Est de Lévis l’un des territoires côtiers d’importance sur cette portion du fleuve St-Laurent tant pour sa valeur agricole, naturelle que paysagère.  Ces terres assurent une connectivité des habitats, abritent une biodiversité remarquable et contribuent à préserver un paysage naturel devenu rare sur les rives du fleuve.

Ce territoire surplombent l’Anse Ville-Guay, une zone littorale naturelle intacte abritant des espèces endémiques menacées, dont la gentiane de Victorin (Gentianopsis virgata subsp. victorinii) et la cicutaire de Victorin (Cicuta maculata var. victorinii). L’ensemble du territoire offre également un habitat à une faune riche et diversifiée (bernaches en grand nombre, pygargues à tête blanche, grands hérons, plusieurs espèces de parulines et autres espèces d’oiseaux, chevreuils, orignaux, phoques, etc.)

  • 62 % du territoire est constitué de milieux naturels – dont des érablières avec un potentiel acéricole de 14 000 à 18 000 entailles[3], des plantations forestières de 30 ans; des milieux humides – dont une tourbière ombrotrophe, des marécages, des marécages sous couvert d’érable rouge et de frêne noir et le ruisseau Saint-Claude.
  • 38 % du territoire est constitué de terres agricoles de grande qualité, exploitées depuis près de 350 ans au cœur de ce qu’était l’ancienne seigneurie de Vincennes.

La tourbière ombrotrophe : mélézin ouvert à cassandres, kalmias à feuilles étroites, et aronies à fruits noirs et de nombreuses autres plantes indigènes, notamment le rhododendron du Canada et la Sarracénie pourpre.

Malgré l’abandon officiel du projet de terminal méthanier Rabaska en 2013, les terres demeurent convoitées pour des usages industriels. Depuis 2023, plusieurs démarches ont ravivé les inquiétudes quant à leur avenir : projet d’acquisition par le Port de Québec, expropriation envisagée par la Ville, puis achat par le Gouvernement du Québec de la Société en commandites Rabaska Inc. en 2024. En 2025, le gouvernement annonce le retour de seulement 110 hectares en zone agricole (40% du territoire), tout en confirmant son intention de réserver les 60% restants, une partie substantielle du site, à des activités industrielles.

Cette orientation soulève des questions quant à la nécessité réelle de nouveaux espaces industriels.  Selon les données de la Ville de Lévis, plus de 400 hectares demeureraient disponibles dans les parcs industriels existants et resteraient à être valorisés. De plus, d’importants acteurs économiques, tel que Davie, n’ont exprimé aucun besoin d’expansion sur le site des terres de Rabaska.

Pourquoi protéger les terres de Rabaska?

Depuis 25 ans, le territoire de la Ville de Lévis a perdu près de 1 000 ha de terres agricoles. Il faut stopper cette hémorragie en réintégrant les 272 ha associés à l’ancien projet Rabaska à la zone agricole protégée, et en cessant de sacrifier les terres nourricières au bénéfice des promoteurs et au profit du développement économique à tout prix. Notre autonomie alimentaire en dépend.

La protection intégrale du territoire est essentielle pour :

• préserver des terres agricoles stratégiques dans un contexte de perte accélérée à Lévis;

• maintenir des écosystèmes sensibles abritant des espèces menacées;

• protéger un paysage humanisé parmi les plus remarquables du Québec;

• offrir un espace de plein air et de nature de proximité à la population.

Le magnifique Ruisseau Saint-Claude traverse le territoire. Crédit photo : Normand Lemyre

Une section des terres en culture active. Les Terres de Rabaska offrent une vue imprenable sur le Fleuve, l’Île d’Orléans et les Laurentides.  Crédit photo : Robert Tessier

Fiducie Agriculture-Nature 

Le Collectif Sauvetage des milieux agricoles et naturels de Lévis propose la création d’une Fiducie Agriculture‑Nature à Lévis. Dans le cadre de ce projet, les terres de Rabaska, maintenant acquises par le gouvernement du Québec, seraient cédées à Fiducie agricole UPA-Fondaction[4]— une importante fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA) qui couvre l’ensemble du territoire du Québec.

Cette fiducie garantirait, à perpétuité, le maintien de la vocation agricole, la préservation de la qualité des sols ainsi que la protection des milieux naturels et humides, tout en permettant leur mise en valeur au bénéfice de la collectivité. 

La création d’une telle fiducie représenterait une occasion unique de conjuguer agriculture durable, préservation de la nature et retombées collectives et d’assurer un développement durable à long terme, au bénéfice des générations actuelles et futures. 

L’acquisition par le gouvernement des terres de Sœurs de la Charité en 2022 constitue un précédent inspirant en matière de protection du territoire agricole et naturel. Cela démontre qu’il est possible de conjuguer conservation, agriculture et intérêt collectif dans une vision à long terme.

Le projet de fiducie proposé par le Collectif Sauvetage des milieux agricoles et naturels de Lévis[5] est appuyé par le GIRAM[6], l’UPA de Lévis[7], Équiterre[8], Alliance SaluTERRE[9] et la Fédération de la relève agricole du Québec[10]

Les Terres de Rabaska, maintenant propriété du Gouvernement du Québec. Source : Collectifsauvetage.ca. Crédit photo : Gilbert Émond

En 2007, lors des audiences sur le projet de terminal méthanier le Conseil des monuments et sites du Québec écrivait ceci : « La zone fluviale et littorale visées par le projet Rabaska font partie des paysages humanisés les plus anciens et les plus significatifs au Québec. Aucune menace à leur égard ne devrait être tolérée.»[11]. Aux termes de cette visite des Terres de Rabaska, les représentants du GIRAM et du Collectif Sauvetage en sont plus que jamais convaincu. 

Crédit photo : Hélène Allard

Et ils ne sont pas seuls. Si vous circulez dans le secteur, vous verrez des pancartes qui ont à nouveau poussé avec l’arrivée des beaux jours. Elles portent un message clair : Non à Rabaska 2.0! , et un espoir d’une autre voie, celle d’un projet agriculture-nature pour protéger ce joyaux patrimonial à perpétuité. La mobilisation s’organise.

Daniel Roberge,

GIRAM et le Collectif Sauvetage,

Article publié dans le Journal de Lévis le 22 juin 2026

https://www.journaldelevis.com/jdl/63/Opinion_du_lecteur.html?id=45879.


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