Appui pour la désignation de Clément Gosselin comme Personnage historique.   

Lévis, le 27 mars 2022

Monsieur Jean-Pierre Turcotte, maire

2478, chemin Royal

Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans

G0A 3P0

Objet : Appui pour la désignation de Clément Gosselin comme Personnage historique.

Monsieur le Maire,

Le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM) est heureux d’accorder son appui à la démarche que votre Municipalité vient d’entreprendre en vue de faire reconnaître, le major Clément Gosselin, Personnage historique, en vertu de la Loi sur la Patrimoine culturel.

À titre d’auteur du livre Les excommuniés de Saint-Michel-de-Bellechasse, paru aux Éditions GID en 2015, j’ai pu constater le leadership de Clément Gosselin lors de l’invitation des Américains à réclamer avec eux l’autodétermination des colonies nord-américaines de la métropole britannique. Ce personnage charismatique a convaincu la majorité des habitants de la région de Québec à se libérer du statut colonial, quinze ans après la conquête de 1760, sans toutefois que ceux-ci n’osent se joindre massivement aux rebelles américains. Dans la plupart des paroisses, les milices étaient pro-rebelles et plusieurs femmes ne se gênaient pas pour faire des réunions de cuisine pour soutenir les militants canadiens à la cause. Soulignons l’audace de Marie-Basilice Corriveau (Saint-Vallier) de Marie-Geneviève Lefebvre (Sainte-Marie), de Françoise Grenon (Pointe-aux-Trembles) et de Marguerite Noël (Saint-Pierre I.O.) qui n’hésitaient pas à répandre les idées de Gosselin, Ayotte ou Dionne au grand dam des curés de ces paroisses.

Gosselin n’a pas eu le succès escompté, notamment en raison du renforcement de la défense militaire du régime en place et de l’arrivée des mercenaires allemands en 1776. Face à cette situation, il a poursuivi son travail révolutionnaire à côté des Américains. Retenons que Clément Gosselin a été un semeur de valeurs démocratiques, un éveilleur de conscience et a contribué indirectement à l’avènement d’une chambre de députés représentant la population du Bas-Canada en 1791. Les idées propagées au cours de 1775 et 1776 ont également conduit aux revendications des Patriotes de 1837-38, notamment l’établissement d’un gouvernement responsable.

Clément Gosselin, Pierre Ayotte, Germain Dionne, tous établis sur la Côte-du-Sud ont fait œuvre utile dans un contexte où le clergé s’accoquinait avec le pouvoir autoritaire en place à Québec. Même le monde ordinaire, comme Pierre Cadrin — mon ancêtre, né à Sainte-Famille I.O. en 1701 — trouvait inadmissible que les curés et les missionnaires prêchent la soumission ou l’enrôlement du côté britannique. Le 1er octobre 1775, Il s’est levé spontanément pour exprimer sa dissidence en lançant au missionnaire Lefranc, « c’est trop longtemps prêcher pour les Anglais, parlez-nous donc du Bon Dieu!

Clément Gosselin peut être perçu comme un contestataire, un rebelle, mais on peut aussi le percevoir plus positivement, comme notre premier patriote, celui qui a brassé la cage pour faire évoluer la démocratie et des idées avant-gardistes. Sans ces hommes et ces femmes qui ont osé s’indigner où en serions-nous aujourd’hui sur le plan de nos droits et libertés?

Conséquemment, commémorer ce personnage et le sortir de l’oubli constituent un devoir collectif pour nous Québécois et Québécoises dont l’avenir de la nation francophone continue d’être incertain.

Nous ne pouvons que féliciter les initiateurs de cette idée et votre conseil municipal pour les démarches entreprises pour l’obtention de ce statut auprès de la Ministre de la Culture et des Communications, madame Nathalie Roy, en vertu de l’article 13 de la Loi. 

VIVE CLÉMENT GOSSELIN ET SES DESCENDANTS ! Il n’est jamais trop tard pour l’honorer, pour reconnaître son travail ici et son rôle outre-frontière dans l’émancipation état-unienne.

Gaston Cadrin, vice-président du GIRAM et auteur